Tellier-Bm 400 ch

Alphonse Tellier

Terzi-T-30 katana

Vue d'Alphonse Tellier, Monaco, avril 1914 (origine : Gallica, Agence_Rol) Vue, au centre du document, avec des lunettes, de l'ingénieur Alphonse Tellier, en compagnie d'Émile Dubonnet, lors des essais d'un canot rapide Panhard-Tellier doté d'un moteur Panhard et Levassor, Monaco, avril 1904 (1914 ?).

Alphonse Théophile Auguste Tellier (08/1879-02/1929) était le fils d'Auguste Tellier, le fondateur, en 1870, d'un chantier de construction de bateaux à voile de luxe, et de canots rapides à avirons, situé quai de la Rapée, à Paris. Elève au lycée Charlemagne, Alphonse Tellier fut aussi élevé dans le chantier paternel, ou il pouvait observer la construction des coques des bateaux. Après avoir suivi pendant deux ans des cours au Laboratoire d'électricité de Paris, il fut intégré, à l'age de seize ans, dans le bureau d'étude paternel. Sa première réalisation fut un bateau léger et rapide, le Pioupiou, dont la voilure était formé de laizes horizontales. A cette époque, il put rencontrer quelquefois l'ingénieur Fernand Forest (1851-1914), dont les ateliers étaient situés également quai de la Rapée. Ce spécialiste de la propulsion, considéré parfois comme le père du moteur à explosion, testait alors ses moteurs à essence sur un radeau rudimentaire. En 1987, le montage d'un petit moteur monocylindre de Dion-Bouton de 1,25 ch sur un canot fut un premier succès. En 1898, après le décès de son père, le jeune Tellier pris la tête de l'entreprise parisienne, secondé par son frère Gérard.

En 1898, la société Tellier présenta à Monaco, un canot extraordinaire (puisque doté pour la première fois d'une coque à redan). Par la suite, jusqu'en 1910, les canots de la société, à coque hydroplanante et moteur à explosion, se couvrirent de gloire dans les courses de vitesse. Parmi ces machines, on peut citer le canot La Rapée III (Monaco, début avril 1904) à moteur Panhard et Levassor de 35 ch, et le bateau similaire Princesse Elizabeth à moteur Delahaye, engagés à Monaco en 1904, ainsi que le canot La Rapière à moteur Antoinette de 120 ch employé pour tirer un planeur biplan piloté par Gabriel Voisin sur la Seine en juin et juillet 1905 (ces essais, initiés par l'Aéro-Club de France, et son président, Ernest Archdeacon, furent effectués avec la collaboration de Louis Blériot). On peut également citer la vedette La Rapière II à moteur Panhard et Levassor de 100 ch, engagée à Monaco en 1907, et le canot La Rapière III (Monaco, 1908) gagnant des racers de première série à Monaco en 1908.

Toujours à la demande de l'Aéro-Club de France, le canot à hélices aériennes La Rapière IV servit également, en 1909, à des essais, en collaboration avec Louis Blériot et l'ingénieur Lucien Chauvière, d'hélices bipales, tripales, de différents types, pas et diamètres. En 1913, furent également présentés par le constructeur, deux glisseurs de vitesse à hélice marine, le J'en Veux (Monaco, 1913), détenu par Jacques Schneider, et le Naroch propulsé par deux moteurs créés par l'ingénieur Charles Picker. La première machine gagna à Monaco l'épreuve des 200 kilomètres, et la seconde remporta l'épreuve Picker. Deux bolides bimoteurs à coque hydroplanante à redans, le Sunbeam (Monaco, 1913), et le Vonna (moteurs Clément-Bayard de 250 ch étudiés par l'ingénieur Sabatier) concoururent, cette même année, dans la catégorie Racer Hydroplane, ouverte depuis 1901. Émile Dubonnet obtint avec ce dernier racer, un record du monde sur l'eau en atteignant un peu moins de 80 km/h.

Tellier installa en 1908, à Juvisy-sur-Orge, un atelier de construction de vedettes associé à un bureau d'études, et en 1909, son entreprise fut étendue, avec la construction d'autres ateliers à Melun, Draveil, et dans l'île de la Jatte, sur la Seine, endroit proche Neuilly-sur-Seine, ville ou l'ingénieur résidait. L'intérêt pour les aéroplanes fut suscité par les exploits réalisés par Alberto Santos-Dumont, à Bagatelle en novembre 1906, et par les vols effectués par Henri Farman, depuis le terrain d'Issy-les-Moulineaux, en 1908. Le projet d'un aéroplane, études et réalisation, fut lancé par le pilote Émile Dubonnet, après que ce dernier ait assisté au meeting de Reims en août 1909. Alphonse Tellier se rendit souvent aux nouvelles installations de Port-Aviation, terrain ou l'on pouvait rencontrer de nombreuses personnalités liées au domaine du bateau et au monde naissant des aéroplanes. Le constructeur recruta localement un jeune ingénieur de la marine, Robert Duhamel, et ce dernier, après avoir travaillé sur des coques de bateaux, fut à l'origine, en collaboration avec le commerçant Charles Houry (l'ingénieur Houris ?), du premier aéroplane de la marque.

Monoplan inspiré des travaux de Santos-Dumont, cet appareil de construction bois et revêtement entoilé (de marque Continental), était doté d'un plan d'aile classique, le plan arrière étant doté d'une dérive triangulaire. Son train d'atterrissage était fixe (roues sur le train principal et patin ou roulette de queue), et son moteur initial était un Panhard et Levassor en ligne de 35 ch à refroidissement liquide entraînant une hélice tractrice Tellier d'un diamètre de 1,35 mètres et tournant à 1.200 tr/min. Le contrôle latéral s'effectuait par gauchissement différentiel de la voilure. Cet aéroplane fut une réussite, il effectua ses premiers vols au printemps 1910, puis permit à Emile Dubonnet d'établir des vols forts intéressants à Juvisy, de passer avec succès les épreuves du brevet de pilote, d'effectuer un des premiers voyages aériens à travers la campagne de Juvisy à Bagatelle, et de gagner, début avril 1910, le prix du magazine La Nature récompensant le premier aviateur ayant franchi plus de 100 km. Le monoplan, toujours avec Dubonnet aux commandes figura également honorablement lors de Grande Semaine d'aviation de la Champagne, qui se déroula à Reims-Bétheny en juillet 1910.

Le monoplan fut construit en petite série, il commença à intéresser quelques clients et pilotes, comme Edouard Château, Alfred Leblanc, Jacques de Lesseps, Léon Molon, le grand sportif suisse Edmond Audemars, le prince de Nissole, ou encore Laurent-Dominique Santoni. Alphonse Tellier, gagnait de l'argent en construisant des canots à moteur, mais il en perdit malheureusement beaucoup avec la coûteuse installation d'une école de pilotage (Etampes) destinée à faciliter la vente de ses monoplans construits en série alors qu'ils n'avaient pas encore fait l'objet de commandes fermes. Fin 1911, après 18 mois d'activité, sa société fut mise en faillite, les ateliers de Juvisy étant rachetés par Armand Deperdussin, et les machines-outils et la petite centaine d'avions en cours d'assemblage étant repris par Louis Schreck qui créa, en 1911, la Société des Anciens Chantiers Tellier basée à Longuenesse, près de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais.

Avant le début de la guerre, Alphonse Tellier, avec le concours de ses amis, en particulier Émile Dubonnet, créa une entreprise en commandite, la Société Alphonse Tellier et Cie. Cette société reçut des commandes militaires de vedettes rapides, mais Tellier ne revint à la construction aéronautique que plus tard, en 1916, avec des hydravions destinés à Marine nationale.

Alphonse Tellier fut aussi à l'origine de flotteurs inspirés de la technique mise au point sur les canots de vitesse. Ces éléments étaient de forme étroite et allongée contrairement aux flotteurs développés par Henri Fabre, plus larges et plats, et formés de bordés revêtus de toile vernie. Les premiers essais furent effectués en janvier 1912 sur la Seine, avec un biplan Maurice Farman piloté par Eugène Renaux. Au printemps de la même année, le meeting naval de Monaco fut ouvert aux d'hydro-aéroplanes. Plusieurs machines participèrent à cette compétition, deux Canard Voisin (flotteurs type Fabre), un biplan Maurice Farman et un biplan Sanchez-Besa (tous deux à flotteurs Tellier), un biplan Henri Farman (à flotteurs Farman), et deux Curtiss Triad à flotteurs Curtiss. Le pilote belge Jules Fischer remporta l'épreuve sur le biplan Henri Farman, mais les flotteurs Tellier à redan firent preuve de leur efficacité.

L'été 1912, lors de meeting de Saint-Malo, Bretagne, les flotteurs du constructeur connurent un grand succès, puisqu'ils équipaient des appareils Nieuport, Maurice Farman, un monoplan Emile Train à flotteur central, et un biplan Astra doté d'un moteur Renault, qui piloté par René Labouret, fut le vainqueur de l'épreuve. Entre 1912 et 1914, les chantiers Tellier travaillèrent pour de nombreux constructeurs, Astra-Train, les allemands Aviatik et Albatros, Gabriel Borel, Louis Blériot, Louis Breguet, Marcel Besson, Clément-Bayard, Deperdussin, de Broukère, Maurice Farman, Ambroise Goupy, Morane-Saulnier, Savary, Paul Schmitt, Voisin, et Maurice Mallet (Zodiac). Tellier déposa également un brevet pour une coque à nageoires latérales, type de cellule qui fut utilisé par la suite sur de nombreux hydravions (Dornier Wal, par exemple). Le constructeur peut être considéré comme l'un des inventeurs de ce modèle (au même titre que François Denhaut). A la demande de Louis Breguet, la construction d'une machine fut entreprise l'été 1912, mais cet hydravion lourd à moteur Salmson de 130 ch, nommé La Marseillaise, flotta, mais fut incapable de décoller. Il fut présenté à l'Exposition internationale de la Locomotion Aérienne (Salon de l'aéronautique) de Paris en octobre 1912, à côté d'un Donnet-Levêque à coque, machine ayant volé correctement.


Vue d'un monoplan Tellier doté d'un moteur en ligne à refroidissement liquide Panhard et Levassor d'une puissance de 35 ch. Vue d'un monoplan Tellier (origine : Gallica - Les Aéroplanes de 1911 - Raymond de Gaston)


Source partielle : Gallica, Agence Rol, et site web Hydro rétro - Gérard Hartmann.
TELLIER MONOPLAN    
Moteurs(s)/Engine(s)   1 moteur à pistons de 35 ch                        Panhard et Levassor                               
Envergure/Span 11,80 m    Longueur/Length 11,90 m    Hauteur/Height            Poids total/Weight 475 kg         
Vitesse/Speed 90 km/h              Plafond/Ceiling            Autonomie/Range                


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